Corto, l’initié : un livre, un voyage

« Les vrais voyageurs sont ceux la seuls qui partent pour partir » (Baudelaire). Longtemps je n’ai connu de Corto Maltese que le nom et la silhouette mélancolique qui, périodiquement, décorait les étagères des librairies de mon enfance. Nourri des images du cinéma d’aventure qu’affectionnaient mes grands-parents, j’étais attiré par ces instantanés noir&blanc ou aquarellés hors du temps et de l’espace. Une seule de ces images suffisait à bâtir une histoire imaginaire débutant par la formule rituelle : « Il était une fois… » J’ai tardivement commencé la lecture des aventures du marin maltais et je me suis laissé prendre par les contes à la fois épiques, mystérieux et mélancoliques d’Hugo Pratt. Selon mon opinion, il compte parmi les derniers auteurs romantiques et, certainement, le seul au sein du huitième art.

Joël Gregogna a publié un remarquable ouvrage, aux éditions DERVY, consacré aux aventures de Corto Maltese. Il s’est attaché à un parallèle entre les voyages du marin et les voyages initiatiques. Loin d’une gageure, ce livre témoigne de l’intérêt de Pratt pour l’ésotérisme et les correspondances culturelles entre les peuples dans ce qu’ils ont de plus intimes en terme métaphysique. L’occasion de rappeler que Pratt fut également un initié. Mais le marin était déjà en chemin avant que son auteur n’ait reçu la lumière. Au sens propre du terme, la réalité finit par dépasser la fiction.

Ces voyages de l’intime et leur mise en abîme avec les voyages au long cours révèlent l’homme fictionnel et son double, l’homme réel, avec ses passions, ses rêves et sa quête vers une utopie. Joël Gregogna livre un ouvrage documenté, ouvrant sur une lecture qui affleure au détour des cases et des bulles, mais qui échappe parfois au lecteur pressé. Il nous invite à nous extraire de ce monde où une idée chasse l’autre, où une addition de bruits fait des convictions et des lignes de conduite pourtant si fragiles. Il nous rappelle à des questions philosophiques de base : le sujet, l’objet, je, autrui, la nature, la vie, l’amour, la mort…

Corto, l’initié prolonge le plaisir de la lecture de cette bande dessinée dont le scénario ne se limitait pas à une astuce mercantile s’achevant sur « la suite au prochain numéro ». Chaque album est unique et peut se lire comme une saga rapporté à l’ensemble de l’oeuvre. Finalement Pratt s’efface et occupe tout l’espace à la fois. Il y a glissé des préoccupations profondes qui construisent l’une des plus belles pages d’aventure de la BD de la fin du siècle dernier. Merci à Joël Gregogna de nous rafraîchir la mémoire.

Voir le blog de l’auteur :  http://www.gregogna.eu/article-corto-l-initie-de-joel-gregogna-103495458.html

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A propos cafournieau

Un cafournieau, dans les anciens langages provinciaux, désigne une grange, un fourre-tout, un débarras. C'est un lieu où l'esprit redécouvre, sous la poussière des ans, des curiosités, des trésors dont la matière est celle des rêves.
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