A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.

Ma réflexion du jour ne sera pas en lien avec ce que d’aucun nommerait « l’évènement planétaire » qui s’achève : les J.O. 2012. Encore qu’il y aurait matière à enrichir la discussion : athlètes en queue de classement mondial refusant d’affronter des membres d’autres délégations, coureurs de fond mous du genou un jour et miraculés le surlendemain, dopés, mauvais joueurs… Non, je ne me cantonnerai pas à ces bas-fonds du prétendu esprit sportif. J’élèverai mon regard au-dessus des ailes des moulins. Encore que…

Encore qu’il y ait une familiarité entre ces prétendus sportifs et notre personnel politique en vacances. En ce début du mois d’août, la droite trouble la quiétude estivale, faisant résonner les rues vides des grandes villes, en arborant la bannière des croisades. Comme d’autres, à Londres, commentent le manque de combativité de certains athlètes, des politiques en tenue de plage accusent le gouvernement de manquer de pugnacité contre le régime de Bachar El-Assad.

Pourtant que ne bombaient-ils pas le torse lorsqu’ils étaient en place ? La crise syrienne dure depuis un an. Après le raté de la crise tunisienne, la France s’est présentée comme le tombeur de Kadhafi, en Lybie. Histoire de faire disparaître les traces, sans doute, d’un partenaire économique encombrant. Peu de temps aupavant, le « Raïs » mégalomane ne plantait-il pas sa tente à Paris ? N’avait-il pas obtenu, dans la décennie précédente, l’amnistie pour ces crimes contre des civils français et américains, au mépris du droit et de la justice ? Tout plie devant la raison d’Etat. Dans la chute du dictateur, le rôle de la France, bien que réel, se réduit somme toute à la pichenette pour faire vaciller la statue du commandeur sur son socle. Et pendant ce temps, le calme régnait à Damas (air connu)…

Un calme ponctué de meurtres, de tortures, de viols et d’enlèvements. Une situation demeurée longtemps trouble sans que la France, alors sous un autre régime, ne fasse retentir les clairons et les rangers. Je ne pousserai pas la perfidie à relayer cette rumeur selon laquelle une société française aurait donné les moyens au gouvernement de Damas de débusquer les internautes et opposants syriens. Néanmoins où était la France en Syrie durant cette année écoulée ?

A New-York, au Conseil de Sécurité, où elle se trouve encore. Au plan diplomatique, la crise libyenne y faisait figure de parcours de santé au regard de celle qui se joue en Syrie. Assad est un tyran mais il n’est pas mégalomane. Il a des soutiens. Il bénéficie également d’une situation géo-politique, les spécialistes disent « stratégique », tenant à la fois du mikado et de la poudrière, un verrou d’où peut surgir aussi bien le pire que le meilleur. D’autant qu’il est un acteur de la politique étrangère de la Chine et de la Russie au Proche-Orient, contre l’OTAN. Deux puissances nucléaires qui disposent d’un vrai pouvoir de nuisance.

En tout état de cause cette péripétie franco-française estivale rappelle que pour exister il faut passer à la télé. Mission accomplie au détriment du principe de réalité. Une incise qui demeure à l’image du précédent quinquennat. « Grands causeux, petits faiseux« , comme dit le quidam de province en ouvrant son journal. Sartre aurait dit : « Tout ce qui bouge n’est pas rouge ». Pour ma part, je préfère laisser la parole à Baudelaire :

« Pour l’enfant amoureux de cartes et d’estampes,

L’univers n’a d’égal que son vaste appétit.

Ah, que le monde est grand à la clarté de lampes !

Aus yeux du souvenir, que le monde est petit !« 

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A propos cafournieau

Un cafournieau, dans les anciens langages provinciaux, désigne une grange, un fourre-tout, un débarras. C'est un lieu où l'esprit redécouvre, sous la poussière des ans, des curiosités, des trésors dont la matière est celle des rêves.
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